Interview de Patricia Abbott

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Patricia Abbott est la veilleuse de Polyfollia pour l’Amérique du Nord. Elle est la directrice artistique du CAMMAC (Canadian Amateur Musicians). Elle m’a donné un quart d’heure de son temps festivalier pour répondre à quelques questions.

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>- Bonjour, comment allez-vous ?

Ça va bien, merci ! C’est vraiment extraordinaire d’être ici de retour à Saint-Lô. C’est ma treizième visite ici, je viens à chaque fois qu’il y a le festival mais aussi entre les festivals pour préparer. Je suis très très heureuse, ça ne peut pas aller mieux (rires) !

 

>- Qu’est-ce que vous attendez de l’édition 2014 ?

C’est une très bonne question. Évidemment, quand on choisit des ensembles dans le comité artistique, on le fait un an à l’avance et déjà on a commencé à faire des propositions 6 mois avant ça, donc on a très très hâte d’entendre les groupes en direct. On connaît les propositions que nous avons fait chacun comme veilleur, on les a entendu en concert, mais pour ce qui est des autres propositions, on entend les enregistrements que les collègues nous amènent et on se fit à leurs oreilles, mais c’est à Polyfollia que pour la première fois on entend tout le monde. Et ça, c’est toujours avec beaucoup d’anticipation, on a toujours hâte de les entendre, on se pose toujours la question « est-ce qu’on a vraiment fait le bon choix ? » (rires). On a toujours un petit peu peur, mais on a jamais été déçus. Évidemment comme on sait que ça sera le dernier festival probablement, en espérant que non, on commence à faire un petit deuil, on a une nostalgie de toutes les éditions.

 

>- Quelle évaluation faîtes-vous sur les précédents festivals ?

Je pense que chaque festival a bâti sur les acquis du dernier. Il y a certaines choses qu’on a su améliorer d’une fois à l’autre, pour qu’on soit encore plus dans la prémisse principale qui était d’avoir une fête-marché, d’être un lieu comme un tremplin pour les chœurs professionnels émergents, pour les mettre en contact avec les diffuseurs de musique. A chaque festivals, on a eu une nette amélioration sur la façon de faire tout ça, et c’est vraiment dommage si c’est la dernière fois de ce point de vue là. On a vraiment réussi à bâtir un réseau de gens vraiment intéressant pour les chorales, pour les ensembles vocaux. Et les ensembles aussi sont arrivés préparés pour faire ces rencontres. Il ne suffit pas de préparer juste leur programme, on leur demande de préparer différents types de programmes. Par exemple, un petit programme de 15 minutes très ciblé pour le showcase, une vitrine si vous voulez, pour les professionnels qui viennent, avec les choses qu’ils savent faire le mieux, avec aussi des outils promotionnels pour aider à les faire connaître d’avantage. Alors ça, à chaque festival on a un peu regardé la manière dont ça s’est passé précédemment pour bâtir sur les acquis. Au cours des années on a eu des ensembles extraordinaires et je pense que pour la population de Saint-Lô, pour les chœurs amateurs français qui venaient, pour les municipalités, les communes, en région aussi, on a aidé à développer leurs oreilles et à développer leurs goûts et aidé à faire découvrir ce que pouvait être le chant choral, qui est en bout de ligne très très large. Le chant choral, c’est tellement de types de musiques, de genres et de couleurs différentes. Je pense que si on prend tout ça ensemble, mission accomplie, pour l’objectif principal de Polyfollia, et on espère juste que ça pourra continuer, ici ou ailleurs.

 

>- Il y a beaucoup de festivals et de compétitions dans le monde. Est-ce que vous pensez que Polyfollia a quelque chose de spécial ?

Justement, le fait que ce soit pas une compétition. Enfin c’est très compétitif pour arriver à se présenter ici. Quand vous pensez que chaque veilleur amène sur la table en moyenne 6 propositions, qu’on écoute tout ça, ce qui fait une quarantaine d’ensembles et qu’on en a choisit 11 pour cette fois-ci, c’est qu’on a fait des choix déchirants, y en a des très bons qu’on a dû laisser de côté. Ça n’est pas une compétition mais c’est très compétitif, en quelque sorte, parce qu’on cherche évidemment les meilleurs des meilleurs, et à la fois on veut que ça soit très représentatif des différents types de musiques et de la géographie. Mais ce qui est spécial c’est justement de pouvoir offrir cette vitrine-tremplin pour ces chœurs. Ça n’existe pas ailleurs et il n’existera pas demain non plus un autre festival qui serve autant de tremplin. On peut comparer ça à ce qui se fait à Avignon pour le théâtre. Il n’y en a pas d’autre, c’est unique et spécifique à Polyfollia. De mon point de vue aussi ce qui est vraiment formidable avec Polyfollia c’est tout l’aspect humain, relationnel. On nous traite extrêmement bien quand on vient ici, on voit qu’il y a tellement d’efforts qui ont été fait pour bâtir les relations avec les communes, avec les bénévoles, entre les ensembles, avec les ensembles (rires) ! Tout ce côté humain, relationnel qui est vraiment pris en considération dès le départ, qui est très important pour les organisateurs. C’est vraiment quelque chose d’unique à Polyfollia.

 

>- En ce moment, les temps sont politiquement et économiquement assez durs, est-ce que vous pensez que chanter est important ?

De plus en plus, et la preuve est que, bon par exemple au Canada je dirige 4 chorales. Les gens veulent chanter, y a de plus en plus de chorales et les gens ont de plus en plus besoin de se resserrer, de se retrouver. On fait beaucoup de choses individuelles, on a jamais eu autant de moyens de communication, c’est pas juste moi qui le dit, mais les gens se rencontrent de moins en moins. Je pense qu’on a ce besoin-là de se retrouver en groupe. Au Canada on dit des « tripes de gagne », je sais pas si c’est comme ça ici (rires) ! Alors on est ensemble et puis c’est vraiment extraordinaire de pouvoir sentir qu’on bâtit quelque chose avec un groupe. Y a un sens du dépassement de soi, on arrive à faire en groupe ce qu’on peut pas faire nécessairement seul. Je pense qu’il y aura toujours un besoin de ça. Quand les temps sont plus durs, on entend aussi ce mot « austérité », nos politiciens ne savent que ce mot-là de nos jours, alors on a besoin de se retrouver entre gens, de bâtir des liens, de s’entraider, ça crée un réseau formidable. Une choriste, d’une de mes chorales, est arrivée du Liban, une autre est arrivée de France et la première chose qu’elles ont fait, ça faisait une semaine qu’elles étaient à Montréal, c’est de chercher une chorale. Pourquoi, parce que c’est un réseau immédiat, on peut déjà rencontrer des gens dans notre tranche d’âge qui peuvent nous aider, on peut se faire des amis rapidement, je pense que ce besoin-là sera toujours là et encore plus dans les temps à venir.

 

>- Un dernier mot ?

Je suis pleine d’admiration pour toute l’équipe de Polyfollia, pour les bénévoles, pour les gens qui se donnent pour que ça fonctionne très bien et puis si Polyfollia n’a pas lieu dans deux ans, je pense que je dois revenir ne serait-ce que pour organiser l’amicale des anciens de Polyfollia (rires) !

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